Quelques mois seulement après son arrivée sur Counter-Strike 2 avec un effectif emmené par ScreaM et Nivera, Clutchain est au cœur de lourdes accusations. Spirit, manager de l'équipe, annonce la fin de l'aventure et dénonce publiquement plusieurs mois de salaires impayés, des promesses non tenues et le comportement de l'organisation et de son CEO, David « Zaptor » Roth.
D'un projet prometteur à « la catastrophe »
Lorsque Clutchain officialise son arrivée sur Counter-Strike en avril dernier, le projet attire rapidement l'attention. L'organisation réunit Adil « ScreaM » Benrlitom, Nabil « Nivera » Benrlitom, Jordan « Python » Munck-Foehrle, Jayson « Kyojin » Nguyen et Hugo « SHOGU » Lopez. Un retour particulièrement remarqué pour ScreaM, qui retrouvait la compétition sur Counter-Strike après plusieurs années passées sur VALORANT.
Sur le papier, Spirit explique lui aussi avoir initialement été convaincu par le projet et les personnes qui l'entouraient.
« Au départ, beau projet, une belle équipe que je découvre et je suis très content de travailler avec eux. Des réunions avec le CEO, beaucoup de belles paroles et de promesses. »
La situation se serait toutefois rapidement détériorée. Le manager évoque des promesses non tenues, des demandes qu'il juge étranges adressées aux joueurs et un changement de discours de la part du CEO.
Face à cette situation, les joueurs, le coach et Spirit auraient alors demandé davantage de transparence sur l'avancée du projet.
Plusieurs mois sans salaire selon Spirit
C'est surtout sur le plan financier que les accusations deviennent particulièrement sérieuses.
Spirit affirme que l'équipe aurait d'abord connu des retards dans le versement des salaires, avant que ceux-ci ne soient tout simplement plus versés depuis plusieurs mois, et ce malgré les contrats liant les joueurs à l'organisation.
Le manager décrit également une communication devenue particulièrement difficile avec les représentants de Clutchain. Selon son témoignage, certaines réponses auraient nécessité plusieurs jours, voire plusieurs semaines, tandis que des réunions programmées se seraient déroulées sans que des représentants de l'organisation ne se présentent.
Plus grave encore, Spirit affirme que des menaces auraient été formulées à l'encontre des joueurs s'ils venaient à parler publiquement de la situation.
Après plus de quinze années passées dans l'esport, son constat est particulièrement sévère :
« Je n'ai jamais vu en plus de 15 ans dans l'esport une organisation aussi peu professionnelle et inhumaine que Clutchain. »
Spirit cible également directement David « Zaptor » Roth, CEO du projet, dont il dénonce aussi bien la gestion humaine que professionnelle et commerciale.
Le manager va jusqu'à expliquer que les changements de discours auraient été si nombreux que les membres de l'équipe eux-mêmes en seraient venus à s'interroger sur la réalité de certaines promesses qui leur avaient été faites.
Des LAN et bootcamps qui auraient été refusés
Pour Spirit, le principal regret reste l'effectif construit autour du projet.
Il décrit une équipe avec « du potentiel » et l'envie de progresser, mais affirme que plusieurs demandes nécessaires à son développement auraient été refusées par Clutchain, notamment concernant la participation à des LAN et l'organisation de bootcamps.
« Les joueurs sont tombés malheureusement dans un piège et ne sont pour rien dans cette histoire. »
Dans ces conditions, poursuivre l'aventure serait devenu impossible, notamment pour des joueurs évoluant à plein temps et qui, selon Spirit, ne percevraient plus le salaire prévu par leur contrat depuis plusieurs mois.
Le manager annonce ainsi la fin de cette aventure et remercie ScreaM, Nivera, Python, SHOGU, Kyojin et AMjR.
Clutchain avait déjà suscité des interrogations avant son lancement
Si les accusations de Spirit apportent aujourd'hui un nouvel éclairage sur la situation interne de l'équipe, des interrogations entouraient déjà Clutchain avant même le lancement complet de son projet.
Le vidéaste Nyouz s'était notamment intéressé à l'organisation, à son modèle économique et aux personnes se trouvant derrière celle-ci.
Dans son enquête, il avait découvert les conditions d'un « Founder Pack » proposé à 96 €, également payable en six mensualités. Celui-ci devait notamment donner accès à un séjour pré-réservé dans une future « capsule » de Clutchain, à une carte NFC personnalisée et à différentes fonctionnalités Premium de l'application.
Nyouz relevait cependant que les conditions du projet indiquaient également que le « resort » de Clutchain était toujours en développement et que les éventuelles dates d'ouverture restaient estimatives.
Son enquête ne s'arrêtait toutefois pas au fonctionnement de Clutchain.
Plusieurs anciens projets dans le viseur de Nyouz
En remontant les différentes personnes et sociétés liées au projet, Nyouz s'était notamment intéressé à David Roth et YLC Network, une structure spécialisée dans le développement de plateformes web et d'applications mobiles.
Le vidéaste avait retrouvé plusieurs projets et applications présentant, selon lui, des similitudes avec le fonctionnement proposé par Clutchain.
L'un des liens les plus visibles se trouve encore dans les informations publiques de l'application : la fiche de Clutchain sur l'App Store affiche un copyright « © 2020-2026 YLC Network » et référence également GreenGram – It pays to walk parmi les applications associées à David Roth.
Une proximité particulièrement intéressante lorsque Clutchain se présente de son côté avec le slogan « It pays to frag ».
Nyouz s'était ainsi penché sur plusieurs applications reposant sur des mécaniques de move-to-earn ou de récompenses.
Il évoquait notamment GreenGram ainsi que d'autres projets dans lesquels l'utilisateur pouvait obtenir des monnaies ou récompenses grâce à son activité. Certaines de ces applications proposaient également d'utiliser une partie de ces récompenses pour des actions environnementales, comme planter des arbres ou participer à la protection de la faune.
Des mécaniques que le vidéaste retrouvait ensuite dans Clutchain, avec une différence majeure : les pas étaient remplacés par l'activité du joueur sur Counter-Strike.
Kills, monnaie virtuelle, récompenses, skins ou encore cartes cadeaux : Nyouz estimait que Clutchain reprenait une partie importante des mécaniques déjà utilisées dans les précédents projets qu'il avait retrouvés.
Un modèle économique que Nyouz jugeait inquiétant
À partir de ces similitudes, Nyouz s'interrogeait surtout sur la viabilité du modèle économique de Clutchain.
L'application proposait des abonnements payants et différents achats intégrés permettant ensuite d'accéder à son écosystème de récompenses. Les fiches publiques de l'application font notamment apparaître des offres Premium ainsi que l'achat de coffres.
Dans sa vidéo, Nyouz avançait alors l'hypothèse qu'un tel système pourrait rencontrer des difficultés si les revenus générés par les abonnements et nouveaux utilisateurs ne permettaient plus de financer les récompenses proposées.
Il rapprochait ce fonctionnement de modèles issus du play-to-earn et du move-to-earn, allant jusqu'à évoquer un possible système pyramidal. Une analyse qui constituait toutefois une hypothèse du vidéaste et non la démonstration d'une fraude.
Il imaginait également un scénario dans lequel la future gaming house promise par Clutchain accumulerait les retards avant que le projet ne rencontre des difficultés financières.
La vidéo avait d'ailleurs été publiée dans une logique d'alerte avant le lancement du projet, Nyouz précisant lui-même à plusieurs reprises que certaines de ses conclusions relevaient de suppositions.
Des interrogations qui prennent une autre dimension
Plusieurs mois plus tard, le témoignage de Spirit donne forcément un nouvel écho à certaines des interrogations formulées à l'époque.
Le manager ne remet pas directement en cause le fonctionnement de l'application étudié par Nyouz. Il décrit en revanche une organisation qui, selon lui, ne serait désormais plus capable de verser les salaires de son équipe depuis plusieurs mois, aurait refusé certaines dépenses liées au projet sportif et aurait multiplié les promesses non tenues.
Ces nouveaux éléments ne permettent pas, à eux seuls, de confirmer l'ensemble des hypothèses avancées par Nyouz concernant Clutchain ou les précédents projets liés à ses dirigeants. Ils soulèvent néanmoins de nouvelles questions sur la situation financière de l'organisation et sur l'avenir du projet.
À l'heure actuelle, les accusations présentées dans cet article reposent principalement sur le témoignage public de Spirit ainsi que sur les recherches précédemment publiées par Nyouz. Clutchain et David Roth disposent naturellement d'un droit de réponse concernant les faits qui leur sont reprochés.